Gare aux faux éditeurs !

Pour devenir éditeur... il suffit de le décréter ! Et comme les auteurs débutants sont forcément fragilisés, incertains de leur production, ayant parfois subi maintes rebuffades de la part des "grands" éditeurs, ils tombent facilement dans les nombreux pièges que leur tend Internet, dans les griffes d'éditeurs-bidons. Le leader dans cette catégorie fait florès : depuis 2007, en 8 ans, 17.000 titres et 10.000 auteurs au catalogue. Quand on sait que la Collection "Blanche" des Éditions Gallimard, créée en 1911, qui a donc 104 ans, compte 6.500 titres et 1800 auteurs, on est en droit de penser qu'il y a un lézard !

Comité de lecture bidon

Un vrai éditeur, c'est d'abord quelqu'un qui sélectionne les textes, qui accepte ou refuse. Souvent, l'auteur attend la réponse pendant des mois, ce qui n'a rien d'étonnant vu le nombre de manuscrits que l'éditeur reçoit (6000 par an pour Gallimard). Avec les "faux éditeurs", ça ne fait pas de pli, au bout de quelques jours, vous recevez un email du genre : "Nous sommes heureux de vous annoncer que notre comité de lecture a retenu votre manuscrit." Ils sont les plus rapides – et les meilleurs, puisqu'ils ont accepté votre texte ! Première arnaque.

Pour attirer le gogo, ils peuvent proposer une édition gratuite, mise en page et couverture a minima. Là encore, ça accrédite leur qualité d'éditeur et ça ne leur coûte pas grand-chose puisque l'impression est faite "à la demande". Mais vous êtes prisonnier du contrat et surtout, vous risquez de vous laisser tenter par des options (très) payantes : une correction manuelle de plusieurs centaines d'euros et une couverture réalisée à prix d'or par un graphiste.

Promotion et commercialisation bidons

On vous annonce que votre livre sera proposé aux librairies Internet (Amazon, Fnac, etc.) et à 2000 librairies et cinq fois plus de points de vente. Vous avez l'impression que votre livre sera présent partout. Eh bien ! Détrompez-vous. La seule démarche commerciale du "faux éditeur" sera de le référencer (gratuitement) dans la base de données Dilicom, à laquelle sont abonnées la plupart des librairies. Si un libraire vous y cherche, il vous y trouvera, mais il ne vous cherchera que si quelqu'un le demande, et quelqu'un ne le demandera que si le livre a été promotionné – autre activité essentielle d'un vrai éditeur. Or, ce genre d'"éditeurs" est très mal placé, la presse nationale boude ses productions, qui sentent trop le compte d'auteur; seule la presse locale du lieu de résidence de l'auteur se fendra d'un article. Et encore !